jeudi 24 avril 2008

Le mors éveillé


D’après Les Ruses de l’Intelligence ; La Mètis des grecs de Detienne et Vernant.

« Seigneur du cheval, Poséidon, à son gré, discipline la fougue de ses chevaux ou libère la violence de sa créature. »
Pour dompter Pégase, Pallas offrit un mors à Bellérophon : « Tu dors, prince, fils d’Éole, ; viens, prends cet instrument qui saura charmer ton cheval, et va le présenter à ton père, le Dompteur de chevaux ».
Alors plein de feu le guerrier Bellérophon saisit le cheval qui galope dans le ciel et lui plaça dans la bouche l’instrument qui allait rendre sa monture docile.

La robe de l'hippocampe




Pour Christina,

Cette série de photographies donne la vision d’un érotisme surgissant de l’inconscient, d’une réalité fantomatique d’un rêve.

« La belle abandonne ses cheveux à la brise liquide et salée (...) ses narines rosées se dilatent de plaisir en cette course aventureuse. Avec quelle arrogance ses beaux bras s'allongent et tendent les rênes, minces algues vertes, des deux hippocampes fougueux à la robe alezane claire! » Ch. Cros

FIGER L’INSTANT


Et si suspendre, c’était dompter ; dresser au sens d’apprivoiser ; comme on apprivoise des formes, ou une pratique artistique. D’ailleurs, c’est au cirque que l’on trouve de très belles suspensions : Certains exercices de suspensions par les mains, les pieds, les genoux, le ou les talons, le menton, le cou ou les dents procurent au spectateur une impression où se mêlent l'admiration et le sentiment de la beauté. Tout ceci ne s’obtient qu’après une somme d’efforts et de répétitions.
Peut-être la suspension est-elle symptomatique de l’idée d’une continuité, d’une survie, grâce à la place qu’on laisse à l’imagination.
De fait, arrêter le vol, suspendre l’histoire, figer l’instant où l’image donne la représentation de l'immortalité à l’instar de la Sibylle de Cumes suspendue dans sa boule pour l’éternité.

La Sibylle de Cumes. (Héraclite, Plutarque, Pausanias, Virgile) La légende dit qu’Apollon avait offert ce qu’elle désirait à la Sibylle en échange de son amour. Elle accepta le cadeau et demanda autant d’années de sa vie qu’un tas de poussière contenait de grains ; et il y avait mille grains ; malheureusement elle omis de demander la jeunesse perpétuelle, et ayant par la suite refusé son amour au dieu, il la laissa vieillir suspendue dans une ampoule de verre au plafond de sa cave, toute recroquevillée, et lorsque des enfants lui demandaient ce qu’elle désirait, elle disait simplement : « Je veux mourir ».

DRESSAGE D’UNE SCULPTURE


Techniquement, les volumes de mes sculptures s'agencent dans l’espace comme un réseau de fils ; le plein n’existe pas. Elles sont attachées à un fil de pêche transparent noué à leur extrémité, tendu sur une vingtaine de centimètres jusqu’à un autre anneau s’ajustant sur l’extrémité d’une canne à pêche. Ce système permet une suspension dans n’importe quel endroit. Ainsi, la canne à pêche se déploie à partir de ses cinquante centimètres, sur environ un mètre dix de long. Les anneaux fixés aux sculptures s’emboîtent parfaitement à son extrémité dotée d’un embout en métal prévu pour le fil de pêche d’origine. Sa couleur bleue métallique se fond avec le milieu naturel, comme il se doit pour ce genre d’outil rusé. Ce système donne l’illusion que les sculptures sont en état d’apesanteur, aériennes sur mes photographies.

LA SUSPENSION COMME MISE EN SOMMEIL


La mise en sommeil et l’idée de suspension ; la suspension dans mon travail de sculpture a peut-être des parentés avec un récit ; des temps de silences appuyés dans une histoire : Suspension de quelques secondes; marquer, observer une suspension, peut-on lire dans le dictionnaire. Ne dit-on pas aussi suspendre, interrompre quelque chose, laisser à l'état latent, exister en puissance. C’est sans doute cela qui me tourmente parfois ; suspendre pour interrompre momentanément d'une activité ou d'un processus, suspendre pour dissiper provisoirement un sentiment, un affect ; mais peut-être qu’alors, l’acte de rêver, ce temps en suspens, compense, et donne en même temps la possibilité aux désirs de se réaliser.

jeudi 17 avril 2008

Espace


« L’espace a toussé sur moi
et voilà que je ne suis plus
les cieux roulent des yeux
des yeux qui ne disent rien
et ne savent pas grand chose »
Henri Michaux, L’espace du dedans, Pages choisies (1927-1959), Paix dans les brisements (1959), Gallimard, Paris, 1966, p 363.

Pas le moins du monde, photographie, 122 X 76 cm, 2005


Le mot « fantasme » est un doublet de fantôme, de spectre, d’illusion, d’apparition, de fausse apparence, d’images hallucinatoires. C’est aussi une production de l'imaginaire, de rêverie, pour échapper à la réalité.